L'Assemblée nationale a adopté en première lecture le 17 février 2010 le projet de loi, relatif à l'entrepreneur individuel à responsabilité limitée (EIRL). Ce projet devrait être débattu devant le Sénat le 6 avril 2010. Ce projet de loi répond à la préoccupation des entrepreneurs en nom propre de protéger leurs biens personnels en cas de poursuite des créanciers, l'entrepreneur individuel répondant actuellement de ses dettes professionnelles sur l'ensemble de son patrimoine. L'entrée en vigueur du régime de l'EIRL n'aura lieu qu'après la publication des décrets d'application et l'adoption par voie d'ordonnance des mesures nécessaires pour adapter le code de commerce, procéder aux harmonisations nécessaires notamment en matière de droit des sûretés, de droit des procédures civiles d'exécution et des règles applicables au surendettement des particuliers et assurer la coordination avec le droit des régimes matrimoniaux, du Pacs, du concubinage et des successions.
L'article 5 du projet de loi prévoit que cette ordonnance doit intervenir dans un délai de neuf mois à compter de la publication de la loi.
Un patrimoine affecté à l'activité
L'adoption du statut d'entrepreneur individuel à responsabilité limitée permettrait au chef d'entreprise d'affecter à son activité professionnelle un patrimoine séparé de son patrimoine personnel , sans création sans création d'une société. Ce patrimoine serait composé de l'ensemble des biens, droits, obligations ou sûretés dont l'entrepreneur individuel est titulaire, nécessaires à l'exercice de son activité professionnelle. L'entrepreneur pourrait y ajouter les biens utilisés pour les besoins de l'activité professionnelle. (biens à usage mixte professionnel et privé)
Exploitants concernés
Tous les entrepreneurs individuels pourraient adopter ce régime lors de la création de l'entreprise ou en cours d'activité.
Constitution du patrimoine affecté
Elle résulterait du dépôt d'une déclaration effectuée au registre de publicité légale auquel l'entrepreneur individuel est tenu de s'immatriculer : en pratique le répertoire des métiers pour les artisans, le registre du commerce et des sociétés pour les commerçants, le greffe du tribunal de commerce (ou du tribunal de grande instance statuant en matière commerciale) du lieu de leur établissement principal pour les professionnels libéraux et les auto-entrepreneurs dispensés d'immatriculation, ainsi que pour les exploitants agricoles
La déclaration devrait indiquer l'activité professionnelle concernée et comporter :
- un état descriptif des biens, droits, obligations ou sûretés affectés à l'entreprise, en nature, qualité, quantité et valeur
- un acte notarié en cas d'affectation d'un bien immobilier
- un rapport d'évaluation établi par un commissaire aux comptes ou un expert-comptable désigné par l'entrepreneur individuel en cas d'affectation de biens d'une valeur unitaire supérieure à 30 000 €.
La déclaration d'affectation serait opposable à l'ensemble des créanciers, y compris ceux dont les droits sont nés avant l'enregistrement de la déclaration. Les créanciers dont la créance est née à l'occasion et pour les besoins de l'activité professionnelle auraient pour seul gage le patrimoine affecté à l'exclusion de tout autre bien. Les autres créanciers auraient pour seul gage le patrimoine « non affecté ». Toutefois, en cas d'insuffisance de ce patrimoine, le droit de gage des créanciers autres que « professionnels » pourrait s'exercer sur le bénéfice réalisé.
Transmission du patrimoine affecté
L'entrepreneur pourrait céder à titre onéreux ou apporter en société l'intégralité de son patrimoine affecté. La cession à une personne physique entraînerait la reprise du patrimoine affecté avec maintien de l'affectation dans le patrimoine de l'acquéreur.
La cession ou l'apport à une personne morale entraînerait transfert de propriété dans le patrimoine de la personne morale, sans maintien de l'affectation. La personne morale serait débitrice des créanciers professionnels de l'entrepreneur cédant en lieu et place de celui-ci.
Régime fiscal et social
Le régime fiscal de l'EIRL serait identique à celui de l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) ou de l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) : régime de l'impôt sur le revenu avec une option possible pour l'impôt sur les sociétés.Toutefois, en cas d'adoption du statut d'EIRL, le régime fiscal des exploitations relevant du régime des micro-entreprises ou de l'auto-entrepreneur, resterait inchangé.
En cas d'impôt sur le revenu, les cotisations sociales seraient dues sur la totalité des bénéfices professionnels retenus pour le calcul de l'impôt.
En cas d'option pour l'impôt sur les sociétés, les cotisations sociales seraient dues sur la rémunération de l'entrepreneur. Serait soumise à cotisations sociales la part des bénéfices que se verserait l'entrepreneur excédant 10 % de la valeur des biens du patrimoine affecté constaté en fin d'exercice ou 10 % du montant du bénéfice net si ce dernier montant est supérieur.
Obligations comptables
Obligation de faire ouvrir dans un établissement de crédit un ou plusieurs comptes bancaires réservés exclusivement à l'activité à laquelle le patrimoine a été affecté.
Mêmes obligations que celles des commerçants : tenue d'une comptabilité autonome
Toutefois, des obligations comptables simplifiées seraient prévues par décret pour les exploitants soumis au régime fiscal de la micro-entreprise.
Dépôt chaque année des comptes annuels au lieu d'enregistrement de la déclaration d'affectation du patrimoine.
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